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Auprès de mon arbre

J’étais bien décidée à vous parler de Merci Patron, le film documentaire « sidéral » de François Ruffin que j’avais raté à sa sortie et que j’ai pu visionner récemment grâce au DVD sorti en octobre dernier. Je voulais dire combien ce film était tonique et insolent, combien on riait, et surtout, surtout,  combien il était engagé. L’époque n’est plus à l’engagement… La période reste consensuelle, politiquement correcte, tolérante à tout ! Et pourtant , elle a tellement détruit les idées, anéanti  tout espoir de changement, tu toute  contestation…

pAS D’INSPIRATION

Et puis, je ne sais pourquoi, l’inspiration ne venait pas.  Un trop plein d’idées ? Des mots trop faibles ? Il a reçu tant de critiques élogieuses ce petit film à l’apparence simplette, fait avec des Merci patronbouts de ficelle ! On a tellement  dit de Ruffin que c’était notre Michael Moore,  avec l’humour en plus… Je craignais de radoter. Dans ces cas-là, circulez, il n’y a rien à voir ! Enfin si, regardez cet article du Monde diplomatique, fort bien tourné et… un rien partisan parce que Ruffin est journaliste dans ce journal  et pas seulement le fondateur et rédac chef de Fakir !

Magritte…

Magritte m’est alors venu en tête.  Sans doute grâce à la très belle expo qui lui est consacrée à Beaubourg et que j’ai beaucoup aimée. Magritte, ce peintre belge,  celui qui écrit sur ses tableaux « Ceci n’est pas une pipe », « Ceci n’est pas une pomme », alors que c’est une pipe et que c’est une pomme. J’aime cette contradiction : cette peinture si simple d’accès, si séduisante et en même temps si complexe, si énigmatique. Celle qu’on ne peut épuiser ni par les mots ni par les sensations, ni par l’œil. L.es images trahissent. Les mots trahissent. L’œil aussi !

l’arbrel' arbre 1959

Cependant,  je n’ai pas pu admirer ses tableaux d’arbres et de feuilles que j’affectionne tout spécialement. Et en particulier un qui me passe près du cœur ! Celui d’un arbre dans le tronc duquel se niche une maison éclairée, surmontée d’une boule blanche.

C’était mon premier poster, celui que j’avais affiché dans mon studio d’étudiante, celui que j’ai gardé longtemps dans les différents logements que j’ai occupés, et qui était placé de telle façon que toujours,  furtivement ou non, je pouvais le voir. Et quand je dis voir, c’est bien restrictif… Je l’admirais. Il m’a suivi longtemps. Et puis je l’ai perdu. Enfin, je ne sais plus. Perdu,  laissé de côté, jeté finalement ?

MES ARBRES

En relisant une des déclarations de Magritte qui explique que pour saisir l’image d’un arbre il nous faut être immobile, j’ai repensé aux longues heures  où j’ai regardé les arbres quasi immobile  : le chêne centenaire de « mon » Gers, à l’ombre duquel j’ai lu tant de livres et vécu tant de vies, l’eucalyptus du Capitou où Dako m’expliquait les propriétés médicinales de cette essence,  les orangers d’Oliva à proximité desquels nous avons passé Annick, Marc , les filles et moi tant de moments de bonheur et de joie, le chêne-liège de Pellehaut qui intriguait  ma fille,  subjuguée par cette écorce apparemment spongieuse mais si dure en réalité, et les  marronniers du parc atteints de brûlure quasi incurable et que je passe des heures, pelotonnée dans mon lit, à regarder par la fenêtre en toute saison…

Mais la citation de Magritte dit autre chose :

” Véritable poussée de la terre vers le ciel, un arbre est une image et une expression de joie. Pour appréhender  cette image, nous devons être immobiles, à l’égal de cet arbre. Lorsque nous bougeons, c’est l’arbre qui devient le spectateur.”

J’aime l’idée que de mon existence, les arbres  aient été les spectateurs et qu’ils conserveront un peu de mon image  dans leur ramure,  sans que personne ne le sache.

Bref… un poster, le premier, ça marque  une vie. Et vous ?  Quelle  a été votre première affiche, quel a été  votre premier poster  accroché au mur de votre chambre, de votre vie  ? Vous en souvenez-vous ?

 

3 réflexions sur “Auprès de mon arbre

  1. Marine dit :

    Mon premier poster, je l’ai eu, comme beaucoup je pense, lorsque j’étais étudiante. Eu et non acheté parce qu’il s’agissait d’une affiche de cinéma que le gardien du petit ciné du coin m’avait donnée! Beaucoup ont suivi. Mais la première, c’était Marie-Antoinette de Sofia Coppola. J’ai depuis gardé le virus des affiches de cinéma…

  2. Canneviere dit :

    Que dire. .j ai également vu cette exposition et suis ressortie subjuguée, impressionnée parfois dérangée par le fait de ne pas tout saisir, un peintre talentueux audacieux curieux et merveilleux aux multiples facettes. ..merci Christine de me l avoir conseillee…

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